Quel rôle jouez-vous dans ce projet ?
Marc Quiquerez : Nous assistons les Ateliers Jean Nouvel sur la définition de la géométrie et des matériaux utilisés pour la structure et les parois internes de la salle.
Keiji Oguchi : Du point de vue des parti-pris acoustiques, il s’agit d’un projet très différent des salles classiques en forme de «boîte à chaussures» puisque la scène est entourée par le public à 360 degrés, selon une forme enveloppante.
Qu’implique le fait que la salle pourra accueillir des orchestres symphoniques comme des formations de jazz ou de musique du monde ?
K.O. : Le concept est de réaliser d’abord un espace dédié à l’utilisation « symphonique » de la salle, puis d’intégrer ensuite les modifications nécessaires aux autres configurations. Pour la musique symphonique, un espace très réverbérant est nécessaire, alors que pour d’autres genres, comme la musique amplifiée, une réverbération longue peut entraîner des effets gênants. Il faut alors absorber davantage le son, de manière temporaire, à l’aide de rideaux par exemple : on parle d’acoustique variable.
Quelle est la différence entre l’écho et la réverbération ?
M.Q. : Il s’agit de deux choses complètement différentes. La réverbération définit la durée pendant laquelle on entend un son dans une salle une fois que la musique a cessé. On peut contrôler le temps de réverbération : l’enjeu est de l’ajuster. Au contraire, un écho est un problème : l’écoute est perturbée lorsque que l’on entend à deux reprises un son à l’identique ou légèrement altéré, une fois en provenance de la scène, et une seconde fois depuis une autre direction.
Quel rôle joue la maquette dans votre travail ?
K.O. : Cela se fait en trois temps. Nous repérons d’abord les effets d’écho, puis nous déterminons les surfaces qui les favorisent. Ensuite, une fois ces problèmes réglés, nous étudions et confirmons les performances acoustiques de la salle en les comparant avec celles d’autres salles considérées comme acoustiquement excellentes.
Comment y reproduisez-vous les sons et l’écoute ?
K.O. : Comme l’échelle de la maquette est au 1/10è, nous devons émettre des fréquences de son dix fois plus hautes pour y reproduire le son, ce que l’oreille humaine ne peut pas percevoir. On utilise alors des micros et des ordinateurs pour régler et capter ces sons, puis on les convertit pour obtenir des données audibles comme dans la salle réelle.
Depuis quand les acousticiens utilisent-ils des maquettes dans leur travail ?
K.O. : Depuis les débuts de l’acoustique. On utilisait auparavant de l’eau dans des maquettes construites en deux dimensions pour analyser les mouvements à la surface et voir comment, par analogie, les ondes sonores pouvaient s’y diffuser. Puis, en 1930, les premiers tests sur maquette physique en trois dimensions ont été réalisés en Allemagne.
Quelles sont les exigences ou les tendances actuelles en acoustique ?
M.Q. : Le type de son privilégié aujourd’hui allie clarté et longue réverbération. Toutefois, bien que la qualité actuelle des enregistrements ait modifié notre appréciation du son, la majorité du public ne se concentre pas forcément sur ces changements. En plus, même si les tendances évoluent selon les innovations des laboratoires de recherche, le cœur de l’acoustique reste le même. Ce sont les techniques et les dispositifs intégrés aux salles qui évoluent. Disons qu’il y a plusieurs façons objectives d’obtenir une bonne acoustique, alors que les résultats sont très subjectifs et les modifications subtiles.
K.O. : Pour les chefs d’orchestre et les musiciens, l’exigence est d’avoir un bon retour du son, ce qui concerne l’acoustique de la scène elle-même. Nous parvenons à obtenir de bons résultats, comme ici, en installant un mur de réflecteurs sonores, le canopy, environ quinze mètres au-dessus de la scène.
Y a-t-il des différences d’acoustique entre les salles du Japon, des États-Unis ou d’Europe ?
K.O. : Chaque grande salle possède son propre caractère acoustique, que chaque public apprécie différemment, et l’on ne peut pas en faire de hiérarchie. Il y a des différences culturelles, mais il n’y a pas forcément de grands types de salles.



