
Brigitte Métra, qui a travaillé avec Jean Nouvel sur les salles de concert de Copenhague et de Lucerne, est de nouveau associée aux ateliers Jean Nouvel pour la salle de concert de la Philharmonie de Paris.
Comment ont émergé les partis pris acoustiques du projet de la Philharmonie ?
Brigitte Métra : Le cahier des charges comportait quatre éléments incontournables : une exigence forte en termes d’innovation au plan architectural, une excellence acoustique et une salle qui offre un son "enveloppant" et qui permette une pluralité de programmation par sa modularité. Mais il ne précisait pas de format particulier. Or, Jean Nouvel possédait une double expérience : celle d’une salle de type "boîte à chaussures" - avec l’orchestre face au public - à Lucerne , et celle d’une salle de type "vignoble" - avec le public entourant l’orchestre – à Copenhague . Il lui était donc plus facile d’innover.
Dans quelle direction ?
B. M. : En privilégiant la notion d’enveloppement – par le son et par la lumière - et en considérant cette salle comme un véritable instrument sans renoncer à en faire une très belle salle de spectacle. Nous nous sommes donc efforcés de ne conserver que les surfaces utiles. Utiles au son et utiles au public, c’est-à-dire la scène pour recevoir l’orchestre, les gradins pour soutenir les sièges, et les murs et le plafond pour réfléchir le son. Le mur qui est derrière le public a d’ailleurs été travaillé comme une caisse de résonance pour favoriser les réflexions tardives, les réflexions précoces étant, elles, favorisées grâce à l’enveloppement et aux nuages de réflecteurs au dessus du public. En fait, avec ce concept d’enveloppement, nous n’étions ni dans le schéma étroit de la « boîte à chaussures » ni tout à fait dans une géométrie en terrasse de type « vignoble ».
Comment ont été définies les caractéristiques acoustiques de la salle ?
B. M. : Je crois qu’un élément déterminant du succès de ce projet tient au fait qu’il y a eu dès le départ un lien étroit entre la volonté de l’architecte et les connaissances de deux grands acousticiens qu’il a consultés. Jean Nouvel a fait appel à Harold Marshall, qui mène des recherches très pointues et possède une expertise reconnue sur les questions relatives aux proportions entre volume et dimension. Il avait de plus attiré notre attention avec un projet d’auditorium conçu à Christchurch en Nouvelle Zélande et dans lequel il a intégré des nuages de réflecteurs flottants au plafond. Cette expérience nous intéressait particulièrement du fait qu’il nous fallait assurer une excellence acoustique quelle que soit la configuration du plancher, dans une approche modulaire.
Il a également pris conseil auprès de Yasuhisa Toyota qui est déjà intervenu au titre de conseiller acoustique personnel sur le projet de Copenhague. Il dirige le bureau de Nagata Acoustics à Los Angeles, dont les salles sont très appréciées des musiciens. L’équipe de Jean Nouvel a réalisé une synthèse à partir de cette double expertise pour aboutir au projet actuel.
Comment s’inscrivent les essais acoustiques sur maquette dans le projet ?
B. M. : Pour résumer, disons que Marshall et Toyota avaient tous les deux validé les « gènes » du projet que nous avons présenté lors du concours. Après, un important travail de calcul a permis d’affiner les angles exacts de certaines surfaces. Maintenant, les tests acoustiques vont permettre de valider certains choix et de détecter d’éventuels phénomènes que la simulation informatique ne peut pas révéler.
Quel impact sur la géométrie de la salle peuvent avoir les résultats des essais ?
B. M. : Il s’agira surtout de réglage d’angle pour certaines surfaces réfléchissantes, notamment les nuages de réflecteurs ou ce que nous appelons le canopy, qui assure le retour de son pour les musiciens.


