De la réception des plans en 3D des Ateliers Jean Nouvel à son assemblage par six menuisiers, il aura fallu à peine quatre mois pour réaliser la maquette au 1/10 de la salle de la Philharmonie de Paris. Entièrement réalisée en bois, elle a été assemblée sur le site de la Philharmonie au Parc de la Villette le 18 novembre 2008. Elle est issue d’une collaboration high-tech des ateliers de Frank Ackermann avec l’ingénieur Markus Honka. Les deux ont d’ailleurs déjà collaboré pour produire la maquette acoustique de la Philharmonie de l’Elbe, le projet des architectes suisses Herzog et de Meuron qui verra le jour à Hambourg en 2011.
Si ce vaste puzzle en 3D de plus de 900 pièces a vu le jour dans les ateliers Georg Ackermann GmbH à Wiesenbronn, près de Nuremberg (Bavière), il a sollicité une équipe complète de spécialistes. A commencer par l’ingénieur/designer Markus Honka qui, à partir des plans en 3D, a défini la structure et le plan de montage d’une première maquette au 1/100, à partir de laquelle a été déclinée celle au 1/10. C’est aussi lui qui a, par exemple, travaillé à évider au maximum les futures pièces de la maquette afin de satisfaire les contraintes de poids pour permettre au plancher des locaux de la Philharmonie de Paris de supporter cette mini-salle de concert. La programmation informatique a été réalisée par Benjamin Samuel Koren, du cabinet 1:One, spécialiste de la géométrie algorithmique, avant d’être traduite en langage machine par Manfred Weid et son équipe pour permettre l’usinage des pièces sur une puissante machine 5 axes.
Une fois assemblée dans les locaux de la Philharmonie, la maquette au 1/10 a fait l’objet d’un certain nombre de tests acoustiques (relevés de réponses impulsionnelles, écoute directe, etc.), menés par deux experts : le Japonais Yasuhisa Toyota, qui dirige la société spécialisée Nagata Acoustics et a déjà contribué au projet hambourgeois et au Walt Disney Concert Hall à Los Angeles, et le néo-zélandais Harold Marshall, acousticien du projet de Jean Nouvel.
"La maquette à grande échelle nous permet une véritable écoute et nous fournit des informations que la simulation informatique ne nous donne pas", précisent Marc Quiquerez et Keiji Oguchi, de la société Nagata Acoustics conseil acoustique auprès des Ateliers Jean Nouvel, qui a réalisé la première série de tests. "Cette étape fait partie intégrante du processus de validation de la géométrie de la salle pour des projets de cette taille."
Les essais ont notamment permis de détecter d’éventuels effets d’échos que les calculs ne peuvent pas simuler. Ils permettent également de valider les qualités acoustiques de la salle, définies grâce aux simulations informatiques lors des phases précédentes. Pour cela, la maquette reproduit tous les composants de la salle à l’échelle 1/10. Le public y est figuré par le biais de 2 400 poupées en polystyrène et l’air est remplacé par de l’azote pour restituer l'absorption acoustique de l'air aux fréquences employées à cette échelle.
Les différents tests effectués utilisent la méthode de la réponse impulsionnelle. Elle consiste à émettre un son très bref (l’équivalent d’un claquement de main) par le biais d’un haut-parleur dans la maquette ; la réponse à cette impulsion est capturée au niveau des micros, puis fait l’objet d’analyses informatiques. Deux types de microphones sont utilisés. Les premiers - dits binauraux - visent à simuler l’écoute du point de vue du spectateur : une poupée dotée de deux micros - un par oreille – est déplacée dans la maquette pour tester l’écoute en différents points de la « salle ». Les seconds - dits monauraux - n’utilisent qu’un micro qui saisit le son dans toutes les directions pour évaluer les caractéristiques physiques de la salle.
Pour corriger les éventuels effets d’échos qui seraient détectés, les acousticiens peuvent proposer diverses pistes de correction comme un réglage de l’angle de certaines surfaces réfléchissantes, ou des traitements diffusants ou absorbants.
Les essais de Nagata Acoustics ont été complétés par une série d’essais réalisés par l’équipe de l’acousticien du projet, Harold Marshall.


