La conception de l’accessibilité d’un bâtiment tel que la Philharmonie de Paris ne concerne pas seulement son intégration dans un réseau de transports existants, mais tout un travail de l’ombre, inconnu et surtout invisible du grand public.
Qu'entend-on par "accessibilité" dans la conception d’un bâtiment ?
Nadia Sahmi : L’accessibilité est l’action de participer à tout, comme tout le monde. Dans le cadre du bâti, plusieurs performances doivent être satisfaites : l'identification du bâtiment, y accéder et y pénétrer, y participer, l’utiliser, s’y reposer et s’y sentir en sécurité, en sortir dans les mêmes conditions d’entrée.
Comment traduit-on cela concrètement en termes d'architecture ?
N.S. : La prise en compte de tous, quelles que soient les différences, doit être absorbée par la réponse architecturale. Si ça se voit, c’est raté. L’intégration des dispositifs d’accessibilité doit passer inaperçue. Elle ne doit pas être cachée mais littéralement absorbée.
Votre travail n’influe-t-il pas de facto sur celui de l’architecte ?
N.S. : Disons que mon intervention ne doit surtout pas le sanctionner mais le ramener à la réalité. Les dispositifs d’accessibilité ne doivent pas engendrer de problèmes architecturaux.
Quel a été votre travail sur la Philharmonie de Paris ?
N.S. : Il a essentiellement concerné l’aménagement de la salle au travers du travail sur les assises, qui est totalement invisible. Mais le critère de confort est prépondérant. Avec Brigitte Métra (NDLR : architecte associée à Jean Nouvel pour la création de la salle), nous avons fait le choix pour les sièges très proches du plateau d’orchestre d’une assise sur un sol flottant qui favorise la propagation du son par les vibrations, permettant ainsi aux déficients auditifs de "vivre" la musique.
Comment votre travail sur l’accessibilité s’intègre-t-il dans le projet global de la Philharmonie ?
N.S. : Au stade actuel, l’essentiel des efforts porte sur l’image, le dessin et la force du travail architectural. Le projet parle de lui-même, il y a des évidences dans l’architecture conçue par Jean Nouvel (l’idée de prolongation du Parc de la Villette par exemple). A mon niveau, je dois comprendre la distribution des lieux et ainsi aider à l’organisation de la signalétique en fonction des publics reçus, qui sont extrêmement divers : personnes en situation de handicap, personnes âgées, enfants, non francophones, etc. Tout ce travail se fait avec les personnes concernées et le milieu associatif qui représentent les personnes handicapées, en cheville avec l’association Interface Handicap.
Il est impossible de résumer l’accessibilité à sa seule dimension architecturale. Elle intègre la médiation culturelle des offres, la pertinence des dispositifs et les moyens d’information qui seront dédiés aux publics. Ce sont ces données sur lesquelles il faut anticiper en amont pour l’optimisation de l’accueil de tous les publics.
Sur la transversalité de ces chapitres, pour lesquels nous assurerons la formation de tous les personnels mobilisés, il est une évidence : on ne peut réfléchir seul aux problématiques liées à l’accessibilité.


