INTERVIEW DES MAQUETTISTES DE LA PHILHARMONIE |
|
Stéphane Levraud, de Volume Architecture, et Lucie Lelong, plasticienne, réalisent les maquettes reproduisant la Philharmonie, ses différentes parties ou son implantation dans le parc. Ils expliquent comment ce travail à échelle réduite se greffe au projet grandeur nature.
Comment se présente votre travail au sein du projet général ?
Stéphane Levraud (SL) : J’ai commencé à intervenir au tout début du projet, il y a deux-ans et demi, et Lucile Lelong m’a rejoint après. J’ai travaillé dans le passé, sur le Quai Branly, et c’est d’une certaine façon la même manière de procéder. L’équipe nous commande des maquettes pour étudier des problématiques très générales au début, comme la forme d’ensemble, mais qui deviennent de plus en plus précises et localisées au fur et à mesure de l’avancement des études. Nous affinons les maquettes pour en arriver maintenant à des pièces au 1/25ème , voire échelle 1.
À quoi servent les maquettes que vous réalisez ici ?
SL : De manière générale, les maquettes peuvent avoir des fonctions très diverses : présentation, communication, études, conception. Ici, nous n’intervenons pas dans la conception ni dans le dessin réalisé par les Ateliers Jean Nouvel. Notre travail se fait en parallèle.
Lucie Lelong (LL) : Nous réalisons des maquettes d’études qui, si elles peuvent être utiles à la présentation et à la communication du projet, servent d’abord à vérifier les volumes, les agencements et à valider les plans. C’est pourquoi il y a une grande variété de maquettes : de celles du site ou de la scène modulable à celle à échelle 1 pour vérifier la forme des garde-corps par exemple. Depuis que la maquette générale du site au 1/100ème est validée, nous travaillons par zones, telle la grande salle, la grotte, les foyers… À ce jour, nous en sommes à une dizaine de pièces. ![]() Maquette de la Philharmonie à l’échelle 1/500e © Levraud, Lelong
Comment se passe la réalisation des maquettes ?
SL : Comme elles ne sont pas toutes à la même échelle, le temps de réalisation varie. On se sert d’une modélisation 3D pour en tirer des éclatés, c’est-à-dire des plans en 2D, à plat, où toutes les surfaces et les facettes sont dépliées, comme pour construire un volume géométrique en papier.
LL : En moyenne il y a trois mois par maquette, à deux personnes, deux jours par semaine, mais nous avons toujours plusieurs maquettes en cours en même temps. Pour les matériaux utilisés, jusqu’à présent, nous n’avons fait que des maquettes en blanc, bois et carton, pour vérifier la volumétrie. Dans celles que nous entamons maintenant, il nous faut aussi désormais transcrire les effets de matière.
SL : Globalement, le but ici n’est pas de faire des maquettes "jolies" comme pour un concours de maîtrise d’oeuvre, mais des maquettes précises, pour étudier et vérifier les documents graphiques. Certains travaux sont réalisés en bois ou PVC ; ceux-ci sont effectués en atelier par facilité de mise en œuvre.
Qu’est-ce qu’une maquette apporte par rapport à un plan ou à un dessin ?
LL : Une maquette permet de soulever les problèmes avant que la construction ne débute. Nous avons par exemple réalisé une maquette de la scène modulable et du grill technique qui la surplombe pour voir comment ils seraient agencés dans les différentes configurations musicales - orchestre symphonique, musique du monde, jazz, etc - en termes de place et d’acoustique. La modularité justifiait une simulation en volume comme pour, par exemple, vérifier les passages par rapport aux gabarits des instruments de musique. Pour le montrer à une équipe, une maquette est bien plus pratique qu’un plan 3D sur ordinateur. On peut tourner autour, on voit l’espace dans son ensemble contrairement aux vues ponctuelles de la 3D.
SL : Les maquettes servent à appréhender l’espace en relief ; chacune possède sa problématique, son apport d’information. C’est une phase transitoire entre le dessin et le prototype à échelle réelle ou la réalisation, un instantané du projet plus facile à saisir qu’un plan. Les maquettistes, avant les entreprises de construction, sont souvent amenés à déchiffrer les plans et à les traduire en volume et en matière pour voir si "ça marche", s’ils sont cohérents. Avec la 3D, on peut parfois passer à côté de l’erreur. Quand la 3D s’est généralisée, on pensait que les maquettes deviendraient inutiles. En fait, elles sont complémentaires ; la 3D ne les a pas remplacées.
Votre travail est-il influencé par la spécificité du projet ?
SL : La complexité des formes de ce projet justifie les maquettes. Si tout était orthogonal, simple, facile à appréhender, ce serait différent, mais les volumes de la Philharmonie sont globalement assez courbes et asymétriques, ce qui donne des espaces peu aisés à visualiser. Il y a donc un besoin de maquettes plus grand sur ce type de projet. |
| International importance > |
|---|






